Il se peut qu'on s'évade



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  • thèmes
  • septembre 2011 / cm / 108 pages
    ISBN 978-2-36474-012-9
    prix indicatif : 9.00 €
Cathy YTAK
Gérard RONDEAU (Photographe)
Il se peut qu'on s'évade
Thierry Magnier Photoroman

Peter Skøresen était un enfant doué, il apprenait tout, se souvenait
de tout. Il est devenu un adulte hors norme, ne sait pas dire bonjour
ou merci, on dirait peut-être autiste. Gardien dans un musée, il aime
travailler la nuit. Ainsi il s’immerge dans les oeuvres, qu’il connaît
intimement. Son emploi du temps change et il doit travailler le jour.
Le musée est en travaux, les tableaux décrochés en partie ; les gens,
le bruit, le mouvement, tout l’affole, le terrorise.





J’ai vingt-trois ans et je m’appelle Peter Skøresen, je mesure un mètre soixante-dix-sept, je suis brun aux
yeux bleus. J’ai passé les premières années de ma vie au Danemark, avec ma famille, dans un petit port de
pêche, avant de venir en France.

Enfant, j’étais très doué. J’apprenais tout, tout vite, trop vite. Je m’ennuyais aussi. On disait que j’avais une tête bien pleine, avec de l’admiration dans la voix. Moi, en secret, j’imaginais ma tête comme une valise pleine à craquer, et trop lourde à porter. Non, je n’ai pas la tête bien pleine, j’ai la tête lourde. Je ne supporte pas le bruit.
Peu à peu, on a moins parlé de génie à mon égard, mais d’un esprit fragile, facilement perturbé. On parle
beaucoup de moi dans mon dos, on dit des choses.
Je suis un jeune homme très intelligent qui ne sait pas communiquer avec les autres, juste restituer ce qu’on m’apprend. Doté d’une mémoire hors norme, je ne comprends cependant pas quand il faut dire merci ou au revoir. Enfant, je ne pleurais pas, je ne riais pas, j’ignorais ce qu’étaient la joie, la tristesse. Jusqu’au
jour où je suis entré dans un musée, j’avais neuf ans.
Et là, devant le tableau d’un peintre florentin, j’ai eu envie de pleurer et de rire, et c’était tellement nouveau pour moi que j’ai fait les deux à la fois : hurler de joie, sangloter de chagrin. Mes parents ont appelé un médecin en urgence, on m’a fait une piqûre, je suis redevenu cet enfant très doué, calme et silencieux, mais quelque chose avait changé et s’était ouvert en moi. Une brèche dans une muraille : derrière il y a le soleil, et même si on ne peut le regarder en face sans être aveuglé, on sait désormais qu’il existe.

2014 : Prix "coup de coeur" jeunesse, Lire à Limoges

Cathy Ytak est née près de Paris en 1962.
Après des études de reliure artisanale, elle fait de nombreux petits boulots, puis travaille pendant sept ans dans un magasin de photo. Animatrice bénévole dans des radios libres, elle se dirige ensuite vers le journalisme professionnel. Elle entreprend des études (de catalan), à Paris et à Barcelone, et se spécialise alors dans la traduction d’auteurs catalans contemporains.
Dans le même temps, son premier roman sort aux éditions du Seuil, en 1999.
Auteure d’une trentaine de romans jeunesse, ados et adultes, de quelques essais et de livres de recettes de cuisine, elle se consacre désormais presque exclusivement à l’écriture. Et quand elle n'est pas sur les routes pour parler de son travail, c'est en Bretagne qu'elle pose désormais ses valises.

(Crédits photo : T.S.)



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