Recto verso

Recto verso

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  • thèmes
    - Photographie
  • mars 2012 / cm / 88 pages
    ISBN 978-2-36474-091-4
    prix indicatif : 9.00 €
Ingrid THOBOIS
Francis JOLLY (Photographe)
Recto verso
Thierry Magnier Photoroman

Tarik est sans papiers. Il vit planqué dans un container abandonné sur un port.
Toute rencontre est potentiellement dangereuse : un policier peut se cacher
derrière n'importe qui. Il se nourrit dans les poubelles des rebuts de notre société
d'abondance, hanté par le souvenir de son ami Tarik assassiné, dont il a
pris le nom.
Rose est un peu givrée. Elle circule à solex, perdue avec sa révolte au poing.
Ces deux-là vont se croiser et s'aimer.





Dans le fond, tout ce à quoi je voudrais que ma vie ressemble désormais, c'est à cette photo complètement cliché. Je l'avais trouvée dans une poubelle le lendemain de mon arrivée. Ce jour-là, tout ce qui ne me voulait pas de mal, tout ce qui me tombait dans les mains et qui n'était ni sale, ni puant, ni tranchant, m'apparaissait comme un talisman. Je n'avais aucune idée de l'endroit où l'on venait de me débarquer, pas même du pays - les passeurs ça raconte tout et n'importe quoi. Un magazine dépassait d'une benne à ordures, ouvert à la page d'une pub pour je ne sais quoi - une marque de jeans ou de yaourt à boire, allez savoir ! Moi, je cherchais s'il ne resterait pas là-dedans un petit quelque chose à me mettre sous la dent. Les gens, sans être forcément riches, disons les gens qui n'ont jamais eu faim à en avoir le crâne sonore comme un hall de gare, ça balance de ces trucs ! Ça respecte à la lettre les dates de péremption qui n'existent que pour les faire consommer encore et encore, toujours plus, ça se conforme à la moindre inscription, ça suit mollement le grand mouvement des démocraties installées, sans une seconde de réflexion. Ça enfourne à ses gosses les dates de quelques révolutions - les leurs de préférence, et puis les noms d'un ou deux rois décapités, et ça se descend un demi-litre de crème glacée le soir devant des séries américaines une fois les marmots couchés. Le temps venu des élections, ça hésite et puis ça se demande après tout pourquoi pas revenir aux valeurs. Ça baisse les yeux sur le pot d'Häagen Dazs acheté la veille... périmé d'une semaine ! Ça brandit son stylo pour écrire à 60 millions de consommateurs, sans se rendre compte que le titre du journal est en soi une insulte. Et ça balance le demi-litre de crème glacée du côté des déchets non recyclable. Ceci étant, la vie n'est pas si mal faite : c'est grâce à des types comme ça que des types comme moi parviennent à tenir une semaine, un mois, une année, deux, trois, cinq, dix ans, et parfois une vie entière dans les villes d'Occident.

2004 : Prix J'ai lu, j'élis

Ingrid Thobois est née en 1980. Son écriture naît de l’alternance entre dehors et dedans, mouvement et sédentarisation. C’est le réel qui, avant tout, l’intéresse, la nourrit, au bout du monde comme à Paris où elle vit. Quand elle n’écrit pas, elle anime des ateliers d’écriture auprès d’enfants, d’adolescents et d’adultes.

Sur www.ingridthobois.com on trouve la liste exhaustive des publications d’Ingrid Thobois, une revue de presse complète pour chacun de ses ouvrages ainsi qu’une présentation de chacun des ateliers d’écriture qu’elle a animés en milieu scolaire, universitaire, associatif, carcéral, etc.



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