Ça me file le bourdon



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Hervé GIRAUD
Ça me file le bourdon
Thierry Magnier Nouvelles

C’est l’âge des stages en entreprise, des virés en scooter, des baisers échangés avec une copine… mais aussi celui de martyriser des insectes sans penser à mal. Plus tout à fait l’âge d’avoir un petit frère par contre, et pourtant…
Après Pas folle la guêpe et Quelle mouche nous pique, Hervé Giraud nous offre une dernière tournée avec la bande de copains et la famille foutraque d’un narrateur plus observateur que jamais, plus impertinent et drôle, plus touchant, aussi. Une virée, en onze nouvelles, au coeur de cette parenthèse qu’est l’adolescence, entre enfance et âge adulte, quand la vie déborde parce qu’il est encore trop tôt, et déjà trop tard.





Ça s’est passé il y a tout juste un an. Il y avait une lumière vive et piquante comme aujourd’hui, le genre de journée où si on n’a pas de lunettes de soleil, on reste les yeux mi-clos et ça nous fait des têtes de chinois. Il y a un an, la matinée était vive et ensoleillée. Depuis la fenêtre de la cuisine et à l’aide d’une grande paire de ciseaux, je capturais des faux bourdons qui butinaient un massif de lavande juste en dessous. Penché le plus possible sur le rebord ; en équilibre sur le ventre avec les pieds décollés du sol, je pinçais les bourdons entre le thorax etl’abdomen, sans refermer le ciseau pour ne pas les couper en deux, seulement les pincer et percevoir les vibrations du vrombissement de leurs ailes au bout de mes doigts.

Ensuite je les ramenais à moi sans les laisser échapper.

Rien n’arrive par hasard.

Pour faire une ville, on dit qu’il faut de l’eau, de la pierre et du bois.

Pour faire un écrivain, il faut davantage : il faut des villes, des voyages, des rencontres, des émotions, des blessures ou des triomphes, il faut une soif de contrastes et ressentir le besoin d’exprimer par la littérature que la vie ne suffit pas ; On y ajoutera un soupçon de magie et un bon stylo.

Pour faire des livres, il m’a fallu capturer des vipères à la main et les brandir dans la lumière, nager dans les lacs glacés des montagnes, apprendre à aimer la vitesse, la musique, le soleil après la pluie et les chiens abandonnés.

Je suis né à une époque située entre l’extinction des dinosaures et l’apparition des smart phones. J’ai tout de suite été viable, on m’a donné un prénom et une éducation au grand air qui sont les deux constantes tangibles d’une émancipation réussie. On m’a dit de faire dans la vie ce que je savais faire de mieux, je m’y emploie chaque jour : j’écris des livres, j’élève mes enfants… je tue le temps mais jamais les insectes, ni les taupes, ni les plantes. A-t-on besoin d’en savoir plus ?



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