Brûler de l'intérieur



agrandir l'image
  • thèmes
    - Photographie
  • octobre 2012 / cm / 120 pages
    ISBN 978-2-36474-161-4
    prix indicatif : 9.50 €
Ahmed KALOUAZ
Alain CORNU (Photographe)
Brûler de l'intérieur
Thierry Magnier Photoroman

Louise est fille unique. Elle vit dans le Sud de la France avec ses parents. Mais depuis
quelque temps, son père se consume de l'intérieur, victime d'un burning out : son travail
dans l'humanitaire l'a poussé à tout donner aux autres. Lors d'une randonnée à vélo,
Louise rencontre Marcelle, une vieille femme, qui a photographié le monde ouvrier toute
sa vie. Elle vient de Saint-Omer dans le Nord, tout comme les grands-parents de Louise.
De cette rencontre va naître l'envie de pousser son père vers la vie. Un voyage s'organise
vers le nord de la France, où la famille retrouvera les traces de l'histoire familiale dans
des paysages maritimes austères et splendides.
L'écriture fine et sensible de Ahmed Kalouaz évoque les correspondances entre les gens
et les paysages, la photographie comme témoignage du temps qui fut.



  • extraits (cliquez pour agrandir)

  •  


J'ai souvent ressassé des idées sombres depuis trois mois. Avant aussi peut-être, mais je ne connaissais pas le mot à fond. Ressasser, dans mon cas, c'est penser à des choses qui me ruinent. Pas à cause de l'argent, celui-là, il fait le bonheur, faut pas se leurrer. Non, des pensées qui viennent comme des vagues, poussent les digues, à me demander quand cette
période pénible a commencé. Nous étions tranquilles, à trois, mes deux parents et moi, et puis mon père s'est mis à mal aller, comme on dit. L'histoire banale d'un type normal qui rentre chez lui un soir et qui retrouve sa femme, heureuse aussi. Et moi, sa fille, qui un peu plus tard les rejoins avec le sourire, en revenant de l'école de musique où je prends des cours d'accordéon. D'autres fois, je rentre du vélo. Pas celui sur lequel je vais au lycée, non, du vrai, celui du sport qu'on appelle le cyclisme, pour grimper des cols et se payer des descentes vertigineuses. Même qu'une fois, dans une course, ma roue arrière a dérapé dans un virage. Et ça m'a fait mal. Mais pas autant que mon père quand il est arrivé en disant à ma mère, du bout des lèvres, qu'il avait un burnout. Connaissait-elle le nom ? Comme moi, elle a regardé dans un dictionnaire. Ce mot vient de l'anglais, bien sûr, et ça veut dire que les gens qui en sont atteints brûlent de l'intérieur. C'est une image parce que c'est, selon les moments, un mélange d'épuisement, de cynisme, de colère.
Mon père n'en était pas là, mais à partir du mois de mai, ça s'est compliqué pour tout le monde. Un petit enfer inattendu où nous a plongés ce mot. Tant bien que mal j'arrivais à suivre les cours, à faire mon travail, en me créant une petite bulle.
- Tu sais, Sophie, ça ne va pas durer, disait ma mère.
- Et qu'est-ce que tu en sais ?
- Ton père est solide, il en a vu d'autres.
- Oui, mais il faudrait qu'il aille se reposer.
- Où ça ?
- À la montagne, ou à la mer. L'océan, ça lui ferait du bien.
- Je ne vais pas l'envoyer seul dans cet état !
- Tu peux aller avec lui, si c'est pour huit ou dix jours.
- Et toi, qu'est-ce qu'on fait de toi ?
- Je peux me débrouiller, aller chez Marie.

Ahmed Kalouaz est un écrivain français né en 1952 à Arzew, en Algérie. Il a publié plus d'une
trentaine d'ouvrages (poésie, nouvelles, roman, théâtre, textes pour la jeunesse). Ses romans
adultes et jeunesse sont maintenant publiés au Rouergue.


Du même auteur :
Paroles buissonnières, Le Bruit des Autres, 2012 ;
Les chiens de la presqu'île, Le Rouergue, 2012 ;
Je préfère qu'ils me croient mort, Le Rouergue, 2011.