Nostalgia

Nostalgia

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Véronique M. LE NORMAND
Iris ALELUIA (Photographe)
Nostalgia
Thierry Magnier Photoroman

Fabrice Cuzack, danseur et chorégraphe célèbre, revient dans la ville de son enfance pour y donner son dernier spectacle. Marie-Sarah, son premier amour, revient elle aussi pour vendre la maison familiale. Leurs destins ont été bien différents et si Fabrice connaît la gloire et le succès, Marie Sarah semble s’être endormie, avoir renoncé à leurs ambitions d’enfants. Mais ce soir-là, les rêves sont à nouveau permis.
Roman du souvenir et du retour aux sources, ce texte évoque avec finesse les moments de l’enfance où notre vie future prend forme. Nos chances, nos démissionsaussi.





Il était arrivé la veille dans la ville de F. et son nom brillait à l’affiche du théâtre municipal, c’était la première fois qu’un spectacle le ramenait sur les lieux de son enfance. Il s’appelait Fabrice Cuzack, il était chorégraphe, et le ballet que sa troupe allait exécuter avait pour titre Nostalgia. De l’hôtel d’Angleterre où il s’était installé, il avait vue sur la place de la cathédrale, cernée de maisons à colombages. Sur la droite, le musée des beaux arts invitait à une exposition du peintre Mathurin Meheut, en face, le café des sports donnait toujours rendez-vous aux élèves du lycée Balzac à la sortie des cours, pour un flirt autour d’une partie de billard. Il passa derrière le vieux manège qui faisait tourner tous les enfants de F. depuis plu-sieurs générations et rentra au tabac s’acheter un paquet de Cool. Il n’avait pas fumé depuis vingt ans mais ces cigarettes à la menthe avaient pour lui un parfum de ragtime, de cinéma en noir et blanc, et de rêve d’amour. Dans le jardin de l’évêché, il s’assit sur un banc de pierre et s’en grilla une. C’était là qu’ils s’étaient embrassés pour la première fois. Ils avaient tous les deux seize ans et ils avaient séché les cours pour se retrouver devant le grand bassin. Elle s’appelait Marie-Sarah Bargain, Fabrice l’aimait depuis qu’il avait neuf ans. Il se souvint qu’une vieille bigote les avait insultés comme s’ils s’adonnaient en public à un acte pornogra-phique et Marie-Sarah avait pleuré. Alors il l’avait si longtemps bercée dans ses bras, que son torse conserverait pour toujours l’empreinte de ses seins.

Véronique Le Normand est auteur de livres pour enfants et adolescents. Diplômée de l’université de Haute-Bretagne, où elle a été notamment l’élève de l’écrivain George Perros qui lui a donné la passion du texte, puis l’université Christian-Albrecht de Kiel (littérature et philosophie), elle commence une carrière de journaliste. Après une première expérience à Radio Monte Carlo et des piges dans les principaux quotidiens et magazines, elle est engagée à Marie-Claire, puis à Marie-Claire Maison dont elle dirigera la rubrique culturelle jusqu’en 1995. Sous le nom de Minne, elle publie de nombreux albums pour enfants, en France et au Canada, et avec J’aime (Ed. Albin Michel sa fibre poétique lui vaut un award de la fiction à la foire internationale de Bologne (2004), et des traductions dans le monde entier (Japon, Chine, Corée, Etats Unis, Italie, Allemagne, Espagne, Hollande),). Sous le nom de Véronique M. Le Normand, elle développe une œuvre romanesque et se distingue notamment avec sa tétralogie sur l’adolescence réunit sous le titre La vie de Lily, Le Roman de Noémie lui ayant valu d’être sélectionnée pour le Goncourt des Lycéens, en Allemagne (2007). On peut écouter des lectures de ses textes, sur son site www.minne.me, créé par le sculpteur-vidéaste, Guy Kayser. Comme écrivain, elle a été amenée à diriger de nombreux ateliers d’écriture, et depuis 2014 elle collabore comme tuteur à Ecriture Factory, l’atelier d’écriture en ligne créé par Anita Coppet. Elle vit à Paris. Son dernier ouvrage publié est Nostalgia dans la collection Photoroman.



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