Dans vos petites poches

Dans vos petites poches

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Yann MENS
Dans vos petites poches
Thierry Magnier Romans Jeunesse

 Elle passe ses journées à arpenter les couloirs du métro, à en emprunter les rames pour détrousser les voyageurs. Gamine parmi d’autres, elle a appris à flairer les touristes, et les flics aussi, qui les traquent elle et ses camarades.  Du matin au soir, elles font les sacs, fouillent les poches. Elles n’ont pas le choix : si elles ne font pas leur journée, elles le paient le soir.  Ce jour-là, un flic pas comme les autres l’interpelle : elle n’a pas couru assez vite.  Il est différent des autres, la désarme. 




 Alors, nous les filles, on en profite. On les pousse, on se colle à eux, on se couche presque dessus pour qu’ils soient encore plus paniqués. Et pendant la bousculade, celle qui est la plus près glisse la main dans un sac à main ou dans une poche bien pleine qu’on a repérés avant, en les suivant dans les couloirs. Elle prend vite un portefeuille, un porte-monnaie, un téléphone, ce qu’elle trouve. Mais dès qu’elle l’a attrapé, surtout il ne faut pas qu’elle le garde. Elle doit le passer à celle de la bande des filles qui est derrière elle. Et celle-là le passe encore à une autre… La dernière de la bande part en courant avant que les portes de la rame se referment. Si les autres arrivent à s’échapper aussi, c’est mieux. Mais parfois, les touristes, ou d’autres passagers, coincent celle qui a pris le porte-monnaie. Ils veulent empêcher le métro de repartir pour appeler la police. Mais comme la fille n’a plus rien sur elle, ils ne peuvent rien prouver. Alors elle crie très fort en montrant ses mains vides, elle les insulte, elle dit qu’ils n’ont pas le droit de la traiter de voleuse. Qu’ils ont tout inventé parce qu’ils n’aiment pas les Roms, et qu’ils sont racistes. Les autres filles aussi font du scandale si elles n’ont pas eu le temps de partir. Il faut faire attention parce que certains voyageurs seraient capables de nous frapper, mais en général, s’ils essayent, les autres les empêchent parce que nous sommes presque des enfants. Et puis surtout, ils sont pressés que le métro reparte parce qu’ils veulent rentrer chez eux. J’ai quand même reçu des claques quelquefois, parce que c’est presque toujours moi qui mets la main dans les sacs. Même si je ne suis pas la chef, c’est moi la plus douée de ma bande. Sans doute à cause des leçons d’accordéon que mon frère me donnait quand je vivais en Roumanie. Mes doigts ont appris à aller vite ! 

Yann Mens est né en 1958. Il est rédacteur en chef d’Alternatives internationales et chronique également des disques de jazz pour La Croix. Il écrit pour la jeunesse aux éditions Thierry Magnier et ailleurs depuis plusieurs années.



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