La cérémonie du café



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Franck KREBS
La cérémonie du café
Thierry Magnier Romans Jeunesse
Leïla a la tutelle de sa jeune soeur Sabbah et tient à l'élever correctement, après une enfance difficile. Aussi Sabbah doit elle, aussitôt la classe terminée, passer son temps chez les Mavre, les voisines du dessous, une très vieille mère (elle a passé le cinquième âge) ancienne institutrice et sa fille Brigitte (pas très jeune non plus). Ce que Leïla ignore c'est que Brigitte est plutôt timbrée, et que chez les Mavre le cinéma d'action se joue à la maison en 3D, son dolby stéréo, selon l'humeur de Brigitte. Sabbah, du haut de ses dix ans, est beaucoup moins inquiète que les voisins de palier, et éprouve même, au fil des soirées, de l'affection pour les deux esseulées.




Il y a des mères qui ne devraient pas être permises. Leur amour détériore tout ce qui passe à portée de leur coeur. Leur tendresse ressemble à des fringales de vampires. Elles empoisonnent, déchiquètent, dévorent. Jusqu'à ce que l'avenir de leur enfant n'existe plus. Je dois préciser tout de suite que je ne parle pas pour moi. Moi, je n'ai pas de mère. Leila, ma soeur, fait des recherches pour trouver celle qui nous a donné le jour et abandonnées. J'avais un an. Leila neuf. Très vite, ma soeur a endossé la tenue d'orpheline, une robe de chagrin qui l'exclut de la joie. Dur comme fer, elle est convaincue que l'abandon maternel l'a mise à part. Tout s'explique par là. C'est pourquoi elle a tant envie de mettre un visage sur le vide. Parfois, ma frangine pleure en affirmant qu'elle a besoin de savoir, qu'ignorer ce qu'est devenue celle qui nous a conçues est insupportable. Que sa mère ait pu, un matin, se lever, rassembler quelques affaires, se faufiler jusqu'à l'entrée et claquer la porte sur ses deux filles la dépasse. C'est plus qu'un mystère, c'est un crime contre notre humanité.
Je pense qu'on lui a fiché ces idées dans le crâne. Tout le monde prétend que si on part dans l'existence sans connaître ses origines, on débute avec un handicap sévère. On est, en quelque sorte, promis à la catastrophe. Comme s'il vous manquait le diplôme essentiel pour vivre. Après, vous avez toutes les chances de finir délinquant, drogué ou SDF. Moi, ça me ferait plutôt marrer.
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