L'été de mes nuits blanches



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Pauline PENOT
L'été de mes nuits blanches
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Gaël traîne son mal être et sa culpabilité comme un fardeau. Sa soeur aînée, Alix, a toujours mieux fait que lui (pense-t-il) : brillante élève entourée d’une cohorte de copains/copines, noctambule avertie, elle a le sens du rire et de la joie, tandis que lui, Gaël, pleurniche sur son sort. Au lieu du périple en Australie dont il rêvait, le voici saisonnier au château de Blois dont sa belle-mère est conservatrice. Géniales les vacances en perspective.
Contre toute attente, il va réaliser que les vacances à Blois vont être bien plus exaltantes qu’il ne l’aurait pensé.





- Comment vas-tu ? m’a demandé Alix en m’ouvrant la porte. Une embarrée de peinture blanche traversait sa joue.
J’évite de braire mes malheurs au nez de ma soeur. J’ai longtemps pensé que la différence entre sa vie (fantastique) et la mienne (nullasse) était à mettre sur le compte de l’âge. J’ai cru, dans le passé, à l’avènement d’un âge merveilleux. J’en suis
revenu.
Mon plus vieux souvenir remonte à mes cinq ans. Je suis planqué avec mon doudou à regarder Alix, qui vient d’en avoir quatorze, remplir une énorme valise en vue d’un séjour linguistique aux États-Unis. Nos parents acceptent que je les accompagne à Roissy et on reste longtemps à agiter les mains pendant qu’elle s’éloigne sur le tapis roulant, sa valise bardée d’étiquettes qui avance toute seule à côté d’elle. Mes parents passent quatre semaines à guetter ses lettres et ses coups de téléphone pendant que je moisis dans un centre aéré où je n’intéresse personne.
Puis Alix rentre et elle me raconte son voyage.
Dans le collège de Boston où elle apprenait l’anglais, elle est tombée amoureuse d’un Australien, juste ce qu’il faut pour passer des vacances merveilleuses sans souffrir au moment de le quitter. Ils sortaient en cachette pour écouter de la musique dans des bars et elle séchait les cours du matin pour récupérer de sa nuit. Ses copines du monde entier la couvraient.
Alix s’occupe de moi contre rémunération quand notre mère est de garde. Je l’écoute les yeux écarquillés, serrant contre moi mon dinosaure turquoise, pendant qu’elle m’aide à boutonner mon pyjama Winnie l’Ourson. Elle m’explique qu’elle met tout  l’argent des baby-sittings de côté pour partir en Espagne aux prochaines vacances avec sa meilleure amie. Je m’endors le pouce dans la bouche, serein et vibrant à la perspective d’entrer un jour moi aussi dans l’âge fabuleux de l’adolescence.
Mais voilà. Je grandis aussi vite que je peux mais je ne rattrape jamais Alix.

Sabine Panet et Pauline Penot se sont rencontrées au CE2, où elles organisaient des trafics de livres pour assouvir leur appétit insatiable de lecture. Elles connaissent très bien l’Afrique où elles ont vécu.
Sabine vit maintenant à Bruxelles, Pauline à Paris.
Elles ont déjà publié deux romans à L’école des loisirs, toujours écrits à quatre mains.



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