De mieux en mieux

De mieux en mieux

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Christophe LEON
De mieux en mieux
Thierry Magnier Nouvelles

Z.U.S, pour Zone Urbaine Sensible. Ou bien banlieue « difficile », voire « défavorisée »…
Les expressions, slogans et euphémismes ne manquent pas pour qualifier, de loin, ces « quartiers » souvent périphériques auxquels on ne s’intéresse que le temps d’un fait divers.
Comme cette Cité Nelson Mandela et son bâtiment E, dans lesquels vivent Ryad, Driss, Coraz dont le prénom, en polonais, signifie « de mieux en mieux », Marie, Latifah la fan de Lady Gaga, Julien allias Honecker, ou bien encore Stella, dite la « Boloss », qui poste sur Youtube un cri de détresse autant que de fierté : « JE SUIS QUELQU’UN ! »
Quelqu’un. Quelques-uns. Autant d’individus que de personnages qui se croisent dans ce recueil de nouvelles dont chacun, à tour de rôle, est le héros. Des portraits drôles et/ou tragiques qui donnent corps et âmes à la cité, sans jugement, sans angélisme, sans détour.





On a pris par la droite, dans une ruelle qu’on savait donner directement sur une cour après avoir escaladé un muret. On a traversé le jardin laissé à l’abandon et on s’est bientôt retrouvés dans la rue, les flics de la BAC aux fesses.
Ghanem a filé comme une flèche, droit devant lui. Moi, j’ai pris la tangente en direction de la cité – le truc consiste à toujours se séparer afin de brouiller les pistes.
Dans le lointain, j’ai entendu feuler la sirène d’une voiture de police. Je me suis retourné le temps d’une fraction de seconde. Personne. Je n’ai pas ralenti pour autant. J’ai piqué un sprint jusqu’à l’entrée du parking principal de la cité. Je me suis faufilé entre les bagnoles, avant de m’accroupir derrière une vieille Peugeot, celle du père de Kevin. Ici les voitures ont toutes un propriétaire connu, celles qui n’en ont pas d’identifiables sont dépouillées dans la nuit.
J’ai repris mon souffle et essuyé avec ma manche la transpiration qui perlait sur mon front. Puis j’ai attendu que les battements de mon coeur se calment avant de me relever, centimètre par centimètre. J’ai jeté un oeil circulaire autour de moi. Par bonheur il n’y avait pas l’ombre d’un uniforme à l’horizon.
Rassuré, je me suis éloigné les mains dans les poches, en sifflotant, l’air dégagé.
Cinq minutes plus tard, j’étais devant l’entrée de mon immeuble, le bâtiment E de la cité Nelson-Mandela.
Sur les marches du perron zonait la bande habituelle. On s’est salués en shakant des poings, échangeant les salamalecs rituels, ensuite je me suis assis parmi eux pour discuter un peu. Ce n’est pas que leur conversation soit passionnante, mais au moins j’ai l’impression d’être en pays de connaissance.

Né en 1959, après des études aux Beaux-arts et différents métiers dont joueur professionnel de tennis et appareilleur en orthopédie, Christophe Léon a passé de nombreuses années à douter, de lui mais aussi de la société. Un temps engagé dans le monde de l’entreprise, il s’est décidé à vivre pauvrement dans le luxe : l’écriture. Pour adultes, pour la jeunesse et surtout pour les idôles qu’il défend au quotidien et qui font de lui, même s’il s’en défend, un auteur engagé.



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