La mémoire en blanc



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Isabelle COLLOMBAT
La mémoire en blanc
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Léonie revient à Lyon pour quelques jours, elle est danseuse à Bruxelles dans une compagnie prestigieuse, elle a dix-neuf ans. Elle a été adoptée par une bonne famille lyonnaise, elle est noire. Harcelée au téléphone, agressée dans la rue et dans le métro, elle se rend vite compte que ce n’est pas le fait du hasard. Devant l’attitude embarrassée de ses parents, elle va détricoter le fil de son histoire. Non, elle n’est pas née en France mais au Rwanda, où son père faisait des affaires avec l’armée. Vingt ans après le génocide, la plaie est encore ouverte pour certains de ses compatriotes, avides de vengeance.
Pour Léonie c’est la stupéfaction, la révélation de son identité noire à laquelle elle n’avait jamais pensé dans ces termes là, et les cauchemars qui l’assaillent depuis toujours prennent leur sens. Heureusement, il y a la danse, et son amoureux qui veille.





Léonie se réveille brusquement. Coeur battant, peau moite. Son cauchemar est revenu. Décousu, mais toujours le même. Elle reconnaît le goût de tourbe sur la langue et cette
sensation étrange de soulagement qu’elle éprouve à chaque fois, comme si elle venait de retrouver la surface du monde après un long séjour passé dans les entrailles de la terre.
Elle vide ses poumons de trop d’air vicié accumulé dans les alvéoles. Son rythme cardiaque s’apaise doucement. Elle s’enroule dans l’écharpe de Raoul. Le tissu écossais a gardé
intacte l’odeur de sa peau dans les fibres de la laine. Les narines béantes, elle inspire à fond. Ce parfum calme, une à une, les cellules de son corps. Son coeur pointe, cependant,
nerveusement entre les seins, aiguisé, mordant. Raoul lui manque. Déjà, bien sûr, éperdument. Mais l’absence d’un amoureux ne provoque ni cette sorte de nausées, ni ce genre de déchirements internes. La descente aux enfers dès qu’elle ferme les yeux. Un monstre tapi en elle. Enchevêtrement de feuilles et de branches. Grognement de chiens. Ciel grillagé. Promiscuité de clapier. Corps contorsionnés. Bouches asséchées, ensanglantées.
Stop.
Stop.
Il faudrait pouvoir tout effacer.
Arrêter la course des images.
Biffer.
Repeindre la mémoire en blanc.

Journaliste de formation, Isabelle Collombat a choisi la fiction pour raconter le monde d’aujourd’hui. Elle s'intéresse à l’intime, à ce qui bat en nous et aux liens qui nous unissent. Elle écrit également des romans et des scénarios de BD pour les adolescents qui apprennent le français comme langue étrangère. Isabelle Collombat vit dans l’agglomération lyonnaise.


 

 

 



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