Le grand projet de Domenico Maccari dit le Copiste, peintre sans talent

Le grand projet de Domenico Maccari dit le Copiste, peintre sans talent

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Gaia GUASTI
Le grand projet de Domenico Maccari dit le Copiste, peintre sans talent
Thierry Magnier Adulte Littérature

Village italien à l’ombre d’un château, Santamutine est depuis des siècles balayé par une tramontane puissante, obligeant ses habitants à attacher les enfants au sol pour qu’ils ne soient pas emportés par le vent. Ce n’est pas la seule bizarrerie du village. Depuis des siècles, la famille Torre domine l’endroit. Famille à la généalogie compliquée, rongée par une folie sanguinaire.

 





Lorsqu’il est revenu à Santamutine pour écrire sa thèse, Antonio est descendu du car bien avant l’entrée du village. Il a marché un peu, traînant derrière lui la valise avec les roulettes qui crissaient sur la chaussée. Les Santamutins l’ont vu arriver seul telle une apparition le long de la route déserte et sont restés à l’épier derrière les volets tandis qu’il traversait le village, les cheveux secoués par la tramontane et les narines dilatées. Antonio, lui, n’a pas regardé les maisons de Santamutine, il a juste fermé les yeux et s’est laissé ballotter par le vent, en respirant, Antonio, en éprouvant presque, pour la première fois, un semblant de bonheur.

Aujourd’hui, ce semblant de bonheur n’est qu’une lointaine idée confuse, impossible à retrouver. La rédaction de la thèse n’avance pas et sa grand-tante le regarde sans un mot, ce qui en soi n’est pas une nouveauté. Mais là où Antonio s’attendrait à lire de la déception, ou un reproche, compréhensibles, presque rassurants, dans les yeux de Bianca qui le fixent il ne parvient à déceler qu’un soupçon de mélancolie et quelque chose de semblable à un souvenir, mais de quoi donc? ce souvenir, Antonio ne le comprend pas, et il se sent seul, loin de tout, incapable de percer à jour ne serait-ce que les pensées de sa tante, figurez-vous donc les secrets de la Renaissance. Et maintenant, à la place de Bianca, c’est Sofia qui le regarde, assise dans la salle des banquets, les yeux exorbités par l’émotion du vol, et Antonio se sent encore une fois insignifiant, pâle, maladroit, il ne sait que dire et répète vous êtes une inconsciente, avec votre jupe, une inconsciente, mais il pense tu étais si belle dans le vent, en général je suis très concentré, mais non, je mens, je passe mon temps à regarder le paysage et puis d’un coup je t’ai vue, toi, qui volais devant ma fenêtre, et tu souriais en tournoyant autour du château à cheval sur un tourbillon et tu n’avais même pas peur, puisque tu souriais, je te voyais et je n’ai pas voulu te sauver, je n’ai jamais sauvé personne, j’ai seulement voulu t’attraper car quand j’étais petit je collectionnais les libellules, c’est-à-dire je les achetais, je n’en ai jamais capturé une seule, et puis à Santamutine, des libellules, il n’y en a pas.

Gaia Guasti est née à Florence - en Italie - en 1974, elle débarque à Paris à 18 ans, avec deux valises, un chat et trois mots de français en poche. En 1996, elle passe le concours national de la Femis (Ecole supérieur des métiers de l’image et du son), département scénario. Depuis, elle n’a pas quitté la région parisienne, où elle travaille comme scénariste pour le cinéma. En parallèle, elle n’a jamais cessé d’écrire des récits de toute sorte, courts, longs, pour grands ou petits, en italien et en français. Elle a deux filles, mais plus de chat.



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