Joyeuses Pâques et bon Noël !



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Hubert BEN KEMOUN
Joyeuses Pâques et bon Noël !
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Cinq ans qu’elle n’a pas vu Barnabé, son petit-fils, alors pour rattraper le temps perdu, faire le plein de souvenirs et fêter ces retrouvailles, elle organise pêle-mêle Pâques, Noël et la chandeleur en plein mois de juillet. Eberlué par cette tornade, Barnabé se laisse conquérir par sa grand-mère fantasque.

 

Ce texte plein de sensibilité et d’humanité nous présente les portraits d’ados et de grands-parents contemporains.





La maison n’était même pas belle. Elle avait besoin de réparations, d’un coup de peinture et d’être vidée de fond en comble pour un grand nettoyage. Mais ni ce ménage, ni ces aménagements ne viendraient plus jamais.
Et pas la peine de compter sur un chouette jardin donnant sur une rivière qui aurait coulé en riant au fond. Le bout de terrain derrière la bâtisse n’était qu’un grand potager fermé de murs de pierre sèches, planté de trois pommiers aussi vieux que la propriétaire.
La mer était à cent kilomètres, autant dire le bout du monde, et le village était aussi riant qu’un cimetière.
Inutile d’espérer se changer les idées dans les allées d’un supermarché. Il n’y en avait pas. Une camionnette passait trois fois par semaine et se chargeait de rendre ce désert d’ennui à peine plus vivable.
Et c’est là, dans cet enfer de solitude où le portable ne passait pas plus souvent que le camion épicerie, que j’allais passer quatre jours de mes vacances d’été !
Maman avait décidé que je ne voyais pas assez souvent ma grand-mère Myriam. Elle avait décrété que je pouvais bien lui accorder quelques jours sur mes deux mois d’été.
À onze ans, quatre jours dans ce trou, ressemblaient pour moi à un long, très long tunnel.
J’étais arrivé en début d’après-midi par un train dans lequel ma mère m’avait lâchement abandonné. J’avoue qu’au fond de moi, en foulant le quai de la gare de Saponne, j’espérais que ma grand-mère n’ait pas pu venir me chercher comme convenu. J’avais mon billet de retour dans la poche. J’aurais alors le meilleur prétexte du monde pour faire le chemin inverse immédiatement.
Hélas, mamie Myriam ne m’avait pas oublié. Il n’y avait que nous deux sur ce quai. Je pouvais difficilement faire autrement que la reconnaître et l’embrasser.
- Cinq ans, cinq ans sans te voir en vrai, mon Barnabé. Les photos que ta mère envoie, c’est bien, mais cela n’a rien à voir avec la réalité.
Elle répétait « cinq ans » et je pensais « quatre jours ». Un jour serait égal à plus d’un an de bagne.
Et elle avait recommencé à m’étouffer contre elle, et encore. Et à caresser mes cheveux, et à me sentir, et à me palper le ventre, comme si j’étais un camembert attrapé sur l’étalage et qu’elle voulait vérifier si j’étais à point pour me déguster.
Elle avait fini par désigner une voiture qui n’existait sans doute plus depuis la naissance de ma mère.
La 403 roulait. Dans un vacarme de bombardier et des soubresauts de kangourous, elle nous mena jusqu’au hameau perdu et à ma prison pour quatre jours.
Peu de chance de réussir une évasion.
Ça allait être long, très long… Un musée… Ou un magasin d’antiquité… Ou alors une brocante… Peut-être un dépotoir… Ou bien les quatre à la fois.

Hubert Ben Kemoun habite Nantes. Arpenteur de bitume, il répète qu'il n'aime que les villes, et encore, faut-il qu'un fleuve ou une rivière les traverse.
Auteur pour Radio France, il a rédigé des dramatiques et des pièces radiophoniques pendant un peu plus de douze ans. Mais il était trop triste de n'user que des ondes pour commettre ses crimes, aussi, on notera à son palmarès des pièces de théâtre et des comédies musicales.
Le noir est un des continents sur lequel il accoste le plus volontiers (William Irish demeurant son premier port d'adoption).
Hubert Ben Kemoun a aussi un certificat de séjour illimité dans les contrées sauvages de l'Oulipo et dans ses pérégrinations, il emmène de plus en plus volontiers les mômes, qui en savent autant que les grands sur le bonheur d'avoir peur.

 

 



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